vendredi 19 avril 2024

Qu’est-ce que le véganisme ?

Il semble approprié de commencer ce blog en expliquant son fondement principal : le véganisme. Il existe de nombreuses interprétations qui en sont faites, beaucoup de définitions qui lui sont attribuées et un bon nombre de confusions qui lui sont associées. L’essor et l’expansion qu’il connaît ces dernières années sont une excellente nouvelle, mais, à mesure que cela se produit, sa distorsion se poursuit à un rythme égal, voire grandissant. 

Une alimentation, un mode de vie, une marque d’amour pour tous les êtres vivants... Ce sont quelques-unes des descriptions les plus attribuées. Pourtant, toutes erronées...1.

Pour comprendre le véganisme, il peut être approprié de commencer par une analyse de notre société. Celle-ci se caractérise avant tout par l'objectification institutionnalisée du reste des animaux. Pour les humains, ils sont de purs objets. Des outils et des ressources utilisables sans aucune hésitation. 

Peu importe la région dans laquelle nous nous trouvons. Partout où nous observons une relation entre les humains et les individus d’une autre espèce, nous retrouverons le même schéma. Les autres animaux sont considérés comme des usines à produire de la viande, du cuir, de la laine ou des plumes ; comme des distributeurs automatiques d'œufs, de lait, de miel ou de soie ; comme des outils de travail ; des objets de divertissement dans les zoos, cirques et spectacles divers ; des instruments de laboratoire ; des éléments clés d'un écosystème... La liste est interminable. 

Même les relations les plus aimantes souscrivent aux directives susmentionnées. Ainsi, les «  animaux de compagnie » peuvent être traités avec soin et affection par ceux qui les possèdent, mais la vérité est que cette affection et ce soin ne diffèrent en rien de ceux que quelqu'un peut montrer envers les objets de son attachement. La relation s'établit selon la même hiérarchie d'esclave et de maître, de propriété et de propriétaire. Ici aussi, les non-humains continuent d'être traités comme de simples objets (dans ce cas, des « compagnons »). 

Ce n’est pas un hasard si l’expression « c’est à ça qu’ils servent » est si récurrente. Qui a décidé qu’ils étaient là pour ça ? Eh bien, nous (ou une divinité, comme diront les mystiques). "C'est quelque chose qui a toujours été fait", point final. Problème réglé. 

Mais ce type de situation n’est pas exclusif aux autres animaux. L’histoire de l’humanité est une histoire de dominés et de dominants. L’esclavage humain peut aujourd’hui apparaître comme une simple tache noire sur notre histoire, mais la vérité est que sa pratique a été la tendance dominante pendant la majeure partie des siècles précédents. Depuis l’ancienne civilisation égyptienne jusqu’à la guerre civile nord-américaine, l’esclavage des êtres humains a été largement pratiqué et accepté, que ce soit pour des raisons de race, d’origine ethnique ou pour tout autre aspect superficiel et arbitraire. Et la même chose se produit avec le passé des femmes, soumises à la domination perpétuelle des hommes, si ce n’est pas toujours sur le plan juridique, au moins sur le plan socio-politique. 

L'histoire est toujours la même. Les forts exercent leur pouvoir sur les faibles. "C'est à ça qu'ils servent" et "ça a toujours été comme ça". Peu importe à quel point la personne concernée réclame justice. Tant que les forts ne remettent pas en question l’usage qu’ils font de leur pouvoir, la situation reste inchangée. Heureusement, cette question s'est déjà posée dans de nombreuses situations, de sorte qu'aujourd'hui nous comprenons que les barrières (souvent fictives) de sexe, de race ou d'origine ethnique ne sont pas une raison justifiable pour discriminer quelqu'un et l'utiliser comme un simple objet ou instrument. 

Et qu’arrive-t-il à l’espèce ? Les espèces ne constituent-elles pas une barrière tout aussi arbitraire et non pertinente ? C’est ce que le véganisme nous invite à comprendre. Il remet en question la suprématie qu’exerce l’être humain sur le reste des animaux. Il rappelle que les non-humains ne sont pas des objets, mais des sujets, des individus, des personnes aussi, avec leurs propres intérêts, aspirations, désirs et sentiments. Des êtres non seulement porteurs d’une vie, mais intéressés à en profiter pleinement. À travers leur volonté, et non pour la volonté des autres. 

Le véganisme n’est donc ni une alimentation ni un mode de vie. Le véganisme est un principe moral qui nous montre que les autres animaux ne sont pas nos moyens, mais une fin en soi, dignes en tout temps d'être traités comme tels, sans violer leurs droits fondamentaux et sans les exploiter d’une quelconque manière. 

Comme tout principe éthique, son respect nécessite une cohérence pratique. C'est pourquoi, les véganes rejettent généralement tout ce qui vient de l'exploitation des non-humains : que ce soit à travers la nourriture, les vêtements, les divertissements ou tout autre domaine potentiel, de la même manière qu'une féministe ne pourrait manger des femmes, ni boire leur lait volé, ni s'habiller avec leur peau, ni participer à des actes où elles auraient été utilisées contre leur gré. 

Peut-être que cette analogie nous aidera à percevoir la signification du véganisme et à comprendre qu’il n'est pas un catalogue de pratiques spécifiques, mais plutôt une série de principes éthiques élémentaires. Principes que nous tous, en tant qu'agents moraux, sommes obligés de respecter. 

Le véganisme n’est pas une question d’amour, de compassion ou de générosité ; c’est une question de respect, de justice et d’égalité.


Igor Sanz,"¿Qué es el veganismo?", Lluvia Con Truenos, publiée le 19 Octobre 2014.

Traduit par Prisca Loosen et Jérémie Lopez, corrigé par Prisca Loosen et Angèle Chenon.

 

En français : l'unique différence est le préjugé avec lequel on regarde.


1 :  Dans le texte originel, il est écrit : « Una dieta, un estilo de vida, amor por toda criatura viviente... Estas son algunas de las descripciones más atribuidas. Todas erroneas, aun de escala muy misericorde comparadas con las más hirientes del imaginario opositor. »


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Les peuples autochtones et le véganisme

  Les autochtones sont ces personnes qui ne sont sauvées de l'oubli que quand quelqu'un mentionne le mot « véganisme ». Il s’agit d...